C’est tombé ce matin sur France 2 : la prime d’activité ne sera pas indexée sur l’inflation en 2027. Quatre millions et demi de travailleurs modestes vont voir leur pouvoir d’achat fondre en silence. Voici ce que ça change, en euros, pour vous.

Ce matin, sur le plateau de France 2, le ministre du Travail n’a pas tourné autour du pot. Interrogé sur le budget 2027, Jean-Pierre Farandou a confirmé que la prime d’activité « ne sera pas indexée sur l’inflation dans la copie initiale » du projet de loi de finances. Une petite phrase, presque glissée au milieu d’une interview. Mais pour les 4,5 millions de personnes qui touchent cette aide chaque mois, elle pèse lourd.

Car geler une aide quand l’inflation repart, ce n’est pas maintenir les choses en l’état. C’est les faire reculer. Avec une inflation prévue à 1,8 % l’an prochain, une prime qui ne bouge pas vaut mécaniquement 1,8 % de moins. Pour un foyer qui touche 200 € par mois de prime d’activité, cela représente un manque à gagner d’environ 3,60 € par mois, soit 43 € sur l’année. Pas une fortune, diront certains. Mais pour des travailleurs dont le salaire ne suffit déjà pas, chaque euro compte double.

Combien vais-je perdre avec le gel de la prime d’activité ?

La prime d’activité fonctionne comme un complément de salaire : elle est versée chaque mois par la CAF (ou la MSA pour les agriculteurs) aux travailleurs dont les revenus sont modestes. Son montant dépend de votre salaire, de votre foyer, de votre logement. Le montant forfaitaire de base s’élève à 638,28 € pour une personne seule depuis le 1er avril dernier, date de la dernière revalorisation, qui avait ajouté environ 50 € en moyenne aux bénéficiaires.

Le coût global du dispositif donne la mesure : 10,3 milliards d’euros en 2024, versés à 4,52 millions de foyers fin 2025. La Cour des comptes s’était d’ailleurs penchée sur le sujet en juin, plaidant pour une réforme en profondeur : elle proposait notamment d’écarter les apprentis et les retraités qui cumulent emploi et pension, une piste qui générerait plus de 300 millions d’euros d’économies par an.

Qui est concerné par la prime d’activité ?

Salariés, fonctionnaires, étudiants qui travaillent, apprentis, indépendants : tous les travailleurs modestes peuvent y avoir droit, dès 18 ans, à condition de percevoir des revenus d’activité. Chaque trimestre, les bénéficiaires déclarent leurs ressources à la CAF, qui recalcule le montant. C’est donc une aide mouvante, qui suit la vie réelle des gens : un contrat qui s’arrête, des heures en moins, et le montant change.

Une caissière à son poste en supermarché Les employés de commerce, caissiers et hôtes de caisse comptent parmi les principaux bénéficiaires de la prime d’activité.

Deux catégories échappent au gel : Jean-Pierre Farandou a précisé que le RSA, le minimum vieillesse et l’allocation adulte handicapé « seront indexés à 100 % » sur l’inflation. La prime d’activité, elle, devient « une variable d’ajustement », selon l’expression du ministre lui-même, déjà utilisée fin septembre. En creux : elle est la seule grande prestation qui n’est pas sanctuarisée.

« Il y aura débat au Parlement pour savoir de combien il faut revaloriser. » C’est la phrase du ministre qui laisse une porte ouverte : rien n’est encore tranché.

Pourquoi le gouvernement fait-il ce choix ?

L’argument est comptable, et le ministre ne s’en cache pas. La dette publique frôle les 120 % du PIB, le déficit dérape, et le budget 2027 doit dégager plusieurs dizaines de milliards d’euros d’économies. Farandou a justifié la désindexation par la nécessité de « restaurer les comptes de ce pays, dont les déficits dérapent, dont la dette s’envole ». Il a ajouté que « ce n’est pas une décision prise de gaieté de cœur ».

Dans le même entretien, il a annoncé 24 millions d’euros supplémentaires pour les aides alimentaires, de quoi aider 15 % de personnes en plus, et assuré que les financements de l’apprentissage seraient conservés. Un message en deux temps : d’un côté on coupe dans une aide ciblée, de l’autre on renforce les dispositifs de dernier recours. La logique est assumée : « la priorité est donnée aux plus démunis ».

Quand cette mesure s’appliquera-t-elle, et que puis-je faire ?

Le projet de budget 2027 est présenté jeudi 2 octobre. S’y trouve la version « initiale » : prime d’activité gelée. Mais Farandou l’a dit lui-même : « il y aura débat au Parlement ». Les députés et sénateurs peuvent déposer des amendements pour obtenir une revalorisation partielle. Le gouvernement avait déjà évoqué, fin septembre, l’option d’un « gel partiel ».

Une femme fait ses comptes sur la table de la cuisine Face au gel annoncé, la première étape est de vérifier ses droits : un simulateur en ligne permet d’estimer son montant en quelques minutes.

Concrètement, voici ce que vous pouvez faire dès maintenant :

  • Vérifiez votre éligibilité : le simulateur de la CAF donne une estimation en quelques minutes, sans engagement.
  • Déclarez vos ressources chaque trimestre, sans faute : un trimestre oublié, c’est une aide suspendue.
  • Suivez l’examen du budget : la mesure peut encore évoluer jusqu’au vote définitif, fin décembre.
  • Pensez aux aides complémentaires : chèque énergie, aides locales au transport, fonds d’aide aux jeunes existent en parallèle.

La prime d’activité avait été créée pour encourager le retour à l’emploi et valoriser le travail. Qu’elle devienne la variable d’ajustement d’un budget en crise, c’est peut-être une nécessité comptable. Mais pour ceux qui se lèvent tôt pour 1 400 € par mois, c’est un signal qui ne passe pas inaperçu : travailler ne paiera bientôt plus qu’hier.