Ce jeudi à 14h30, la cour de l’hôtel de Matignon va ressembler à un sommet de crise : après l’échec de la réunion avec les syndicats, Sébastien Lecornu reçoit les chefs de partis pour promettre la « transparence » sur le 17 octobre. LFI arrive avec une lettre d’excuses à exiger, le RN n’envoie personne, et Emmanuel Macron a convoqué le renseignement à l’Élysée dans la matinée.
La veille, c’était les syndicats. Ce jeudi 22 octobre, c’est au tour des partis politiques de franchir la grille de l’hôtel de Matignon. Sébastien Lecornu les reçoit en début d’après-midi, avec à ses côtés Laurent Nuñez (Intérieur), Gérald Darmanin (Justice), des responsables des services de renseignement et des forces de l’ordre. Le Premier ministre a promis la « transparence » sur le « déroulement » de la journée du 17 octobre, y compris sur les « difficultés rencontrées », pour que « chacun puisse disposer des mêmes éléments d’information ». La réunion intervient au lendemain d’un rendez-vous avec les syndicats qui n’a débouché sur « aucune mesure », selon la CGT, et à deux jours d’une nouvelle journée de mobilisation, samedi 24 octobre.
« J’attends que le gouvernement renonce à sa stratégie du pourrissement et reconnaisse que quand il y a une colère aussi importante dans le pays, il faut y apporter des réponses politiques. »
Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, jeudi matin sur BFMTV et RMC.
Pourquoi Lecornu reçoit-il les partis ce jeudi ?
La convocation fait suite aux scènes de chaos du 17 octobre : manifestations contre la vie chère qui ont dégénéré, pillages de commerces, affrontements avec les forces de l’ordre. Selon l’AFP, entre 2 000 et 3 000 commerces ont été pillés ou dégradés le week-end dernier. La stratégie de maintien de l’ordre est vivement questionnée, et le Défenseur des droits a annoncé mardi avoir reçu 46 saisines depuis le début du mouvement lycéen, dont « plus d’une dizaine » portant sur des faits du week-end.
Dans ce contexte, le Premier ministre veut obtenir des formations politiques une condamnation claire des violences. Mais beaucoup d’invités ont dénoncé une simple « convocation », et la lettre d’invitation, qui exigeait de « choisir entre la violence et la République », a crispé les oppositions. Jean-Luc Mélenchon a prévenu qu’il comptait « pourrir la réunion ».
Le palais de l’Élysée : Emmanuel Macron y a convoqué jeudi matin « l’ensemble des services de renseignement », accusés d’avoir mal anticipé la mobilisation. (Photo d’illustration)
Macron convoque le renseignement à l’Élysée
Rentré d’une tournée dans le Golfe, Emmanuel Macron a de son côté convoqué jeudi matin à l’Élysée « l’ensemble des services de renseignement », accusés d’avoir mal anticipé la mobilisation et son ampleur. Le chef de l’État doit s’exprimer à l’issue de cette réunion, quelques heures avant celle de Matignon, quitte à prendre son Premier ministre de vitesse. Mercredi, depuis le Qatar, il avait appelé à « la fermeté » : « la main ne doit pas trembler au sommet de l’État ».
Qui sera autour de la table, et qui a décliné ?
Si tous les partis invités devraient être représentés, les grands leaders se font rares. Pour le Rassemblement national, il n’y aura ni Jordan Bardella ni Marine Le Pen : Bardella a moqué sur BFMTV un « conseil de classe » où « le proviseur Lecornu vient dire aux partis qu’ils doivent être très clairs ». Le parti d’Édouard Philippe, Horizons, sera représenté par Christophe Béchu, et le MoDem par Marc Fesneau, pas par François Bayrou.
La France insoumise sera représentée par Manuel Bompard. Le candidat social-démocrate à la présidentielle Raphaël Glucksmann sera présent pour réclamer des « réponses politiques et sociales ». Les Écologistes enverront Cyrielle Chatelain, Marine Tondelier et Mélanie Vogel. « L’objectif, ce n’est pas qu’il déroule. On n’y va pas pour recevoir une leçon », a prévenu Cyrielle Chatelain.
Que va demander LFI à Matignon ?
Dans un courrier dont l’AFP a obtenu copie, signé par Manuel Bompard, Mathilde Panot et Manon Aubry, les Insoumis annoncent qu’ils viendront demander « des excuses, des explications et, surtout, des réponses politiques à la mobilisation du peuple français ». Ils dénoncent « la responsabilité totale » du Premier ministre dans la gestion du 17 octobre et son « choix irresponsable » d’une « stratégie du pourrissement ». Sur le fond, LFI portera l’abrogation de Parcoursup, 10 milliards d’euros d’investissements pour les lycéens, le blocage des prix des carburants et l’augmentation du Smic et des salaires.
Le ministère de l’Intérieur doit détailler ce jeudi le dispositif de sécurité prévu pour samedi : blindés, militaires de Sentinelle et unités d’élite sont déjà annoncés. (Photo d’illustration)
Ce que ça change pour vous : le calendrier des prochains jours
Combien. LFI réclame 10 milliards d’euros pour l’éducation. La CFTC a noté une porte entrouverte sur une discussion autour du Smic, sans engagement. Et la crise pèse déjà sur les marchés : le taux d’emprunt français à dix ans a terminé mercredi au-dessus de 5 %, une première depuis 2002.
Quand. La réunion de Matignon se tient ce jeudi à 14h30. Le ministère de l’Intérieur doit détailler dans la journée le dispositif de sécurité pour samedi. Sébastien Lecornu doit aussi recevoir les maires de Paris, Lyon et Marseille, particulièrement touchées par les violences. Lundi 26 octobre, le ministre de l’Éducation annoncera des amendements pour la jeunesse ; mardi 27, le Sénat examinera le projet de loi « casseurs-payeurs ». Et le 5 novembre, l’intersyndicale appelle à la grève générale.
Qui est concerné. Les lycéens et étudiants, avec des rassemblements prévus ce jeudi à Lille et Toulouse malgré des interdictions dans plusieurs villes. Les commerçants : « L’inquiétude est maximale », confie à l’AFP Pierre Bosche, président de la Confédération des commerçants de France, et beaucoup garderont leurs rideaux fermés samedi. Les voyageurs enfin : les États-Unis, la Chine, l’Allemagne et l’Inde ont publié des conseils de prudence pour leurs ressortissants en France.
Que faire. Si vous comptez manifester samedi, consultez l’arrêté de votre préfecture : des rassemblements sont interdits jeudi à Paris et Lyon, samedi à Rouen et Toulon, et participer à une manifestation interdite expose à une amende de 135 euros. 174 personnes ont déjà été incarcérées après les violences du week-end, selon Gérald Darmanin.
La réunion de cet après-midi ne règlera rien à elle seule : les syndicats repartis bredouilles de Matignon mercredi ont déjà fixé la suite. Mais elle dira si l’exécutif accepte enfin de parler d’autre chose que de maintien de l’ordre.
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