Il a fallu trois semaines de blocus et une visite au Mondial de l’Auto pour qu’Emmanuel Macron parle enfin publiquement du mouvement lycéen. Son constat : le point le plus sensible, ce sont les emplois du temps. Et le dossier qui fâche, celui des rythmes scolaires, est officiellement « remis sur la table ».
En marge de la journée presse du Mondial de l’Auto, lundi 12 octobre, Emmanuel Macron s’est enfin exprimé publiquement sur le mouvement lycéen, trois semaines après les premiers blocus. « Les choses avancent », a-t-il assuré devant les journalistes, se disant favorable à la poursuite du dialogue avec les élèves. Le point de crispation numéro un, selon lui : « l’aménagement des horaires », ces emplois du temps qui arrivent largement en tête des contributions déposées sur la plateforme de concertation lancée par le gouvernement. Et sur le sujet des rythmes scolaires, le chef de l’État a lâché une phrase qui compte : « il faut à coup sûr remettre cette question sur la table ».
Les chiffres du gouvernement donnent la mesure de la colère. Selon Matignon, près de trois contributions sur quatre déposées sur la plateforme évoquent des emplois du temps trop chargés, et la moitié pointent l’état des bâtiments. Lundi matin, 130 établissements restaient bloqués ou perturbés, contre 172 vendredi. L’Union syndicale des lycéens maintient son appel à une nouvelle journée de mobilisation nationale ce mardi 13 octobre, avec deux revendications phares : la suppression totale de Parcoursup et un plan de 10 milliards d’euros pour les lycées.
Emplois du temps : pourquoi les lycéens crient « 8h-18h, c’est pas normal »
Le slogan se lit sur les banderoles depuis le début du mouvement : « Plus d’heures de cours que de sommeil », « 8h-18h, c’est pas normal ». La comparaison avec l’étranger revient sans cesse dans le débat, et la France fait bien exception en Europe par la densité de ses journées scolaires. Un sondage Ipsos-BVA publié dimanche montre d’ailleurs que 54 % des Français soutiennent le mouvement, avec un large consensus sur certaines revendications : 82 % approuvent la limitation du nombre d’élèves par classe, 79 % la rénovation des établissements. En revanche, la réduction du nombre d’heures de cours ne convainc que 34 % des sondés, et la suppression de Parcoursup 48 %.
Des journées « 8h-18h » : la densité des emplois du temps est la revendication qui arrive en tête des contributions des lycéens.
Rythmes scolaires : horaires, cours à 9h, ce que propose la convention citoyenne
C’est là que le dossier devient concret. L’an dernier, la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant, 133 membres tirés au sort, avait rendu un rapport sévère : la vie des enfants souffre d’une « fragmentation » profondément inadaptée à leurs besoins, construite « autour des contraintes des adultes ». Ses propositions redessinaient entièrement la journée scolaire : des cours commençant à 9 heures au collège et au lycée pour améliorer la santé physique et mentale des adolescents, en réduisant fatigue et stress ; des apprentissages théoriques le matin et pratiques l’après-midi ; des cours limités à 45 minutes effectives dans le secondaire pour préserver la concentration ; un retour à une semaine d’enseignement sur 5 jours ; et un calendrier scolaire réduit de trois à deux zones.
Sur le papier, tout cela promettait « une école qui permette à tous de s’épanouir, de mieux apprendre et de réduire les inégalités ». Dans les faits, le principal syndicat du second degré, le SNES-FSU, a dénoncé une « École au rabais » et une « impasse organisationnelle ». Macron lui-même admet le problème : « J’ai pu noter aussi le faible consensus qu’il y avait » sur ce sujet. Et le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a fermé la porte dès janvier : aucune réforme des rythmes scolaires ne pourra se régler pour la rentrée 2026, c’est « un vrai débat pour la présidentielle de 2027 ». Autrement dit, la table est remise, mais le repas n’est pas pour demain.
« J’avais souhaité une Convention citoyenne sur ce sujet des rythmes scolaires. On sait les difficultés que ça soulève. J’ai pu noter aussi le faible consensus qu’il y avait. » Emmanuel Macron, au Mondial de l’Auto, lundi 12 octobre 2026.
Cours à 9h : ce que ça changerait pour vos enfants, et pour vous
En attendant une décision politique qui n’arrivera pas avant 2027, voici ce que les propositions sur la table changeraient concrètement dans la vie des familles :
- Des cours à 9h au collège et au lycée : les adolescents dormiraient plus, avec à la clé moins de fatigue et de stress selon les travaux de la convention ; les parents devraient revoir leurs horaires du matin ;
- Théorique le matin, pratique l’après-midi : sport, arts, culture et projets intégrés à l’emploi du temps au lieu d’être sacrifiés le soir ;
- Des cours de 45 minutes effectives dans le secondaire : des séquences plus courtes pour maintenir la concentration ;
- Une semaine sur 5 jours : une organisation qui mettrait fin aux demi-journées creuses et aux samedis matin ;
- Un calendrier de 3 zones réduit à 2 : des vacances scolaires redécoupées, avec un impact direct sur les prix des séjours et les plans de garde.
Le rythme 7 semaines de cours pour 2 semaines de repos serait maintenu, mais la journée scolaire pourrait être entièrement redessinée.
À court terme, les parents devront surtout composer avec l’agenda du mouvement : la rencontre prévue lundi après-midi entre le ministre de l’Éducation et les représentants lycéens a été reportée après les événements d’Aubagne, et la journée nationale de mardi s’annonce tendue. Le gouvernement a lancé le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants, une mesure jugée « assez déconnectée des réalités du terrain » par le SNES-FSU. Quant à la question des rythmes scolaires, elle a au moins gagné une chose aujourd’hui : le droit d’être débattue à voix haute. Pour les trois lycéens sur quatre qui se plaignent de leurs emplois du temps, ce n’est pas rien. Mais ce n’est pas encore un changement d’horaire.
