Ils étaient plus de 93 000 à voter ce dimanche, et presque aucun n’a manqué à l’appel. Pour le renouvellement de la moitié du Sénat, les grands électeurs ont confirmé ce que les observateurs annonçaient : la droite garde la main sur la Haute assemblée, tandis que le Rassemblement national joue gros pour y faire son entrée en force.

Ce dimanche 27 septembre, la France a renouvelé la moitié de son Sénat. Dans 64 circonscriptions, 178 sièges sur 348 étaient en jeu, pour un mandat de six ans. Un scrutin dont le grand public parle peu, mais qui pèse lourd : le Sénat peut bloquer une loi, et à quelques mois de l’élection présidentielle, chaque siège compte double.

Le collège électoral ne ressemble à aucun autre : plus de 93 000 grands électeurs, en immense majorité des conseillers municipaux, selon l’AFP. Et le vote est obligatoire. Ceux qui ne se déplacent pas risquent 100 euros d’amende, rappelle franceinfo. Résultat : une participation proche de 100 %, comme à chaque fois.

L’hémicycle du Sénat, au palais du Luxembourg Le palais du Luxembourg, siège du Sénat : 178 des 348 sièges étaient renouvelés ce dimanche.

La prime aux sortants, et deux sièges gagnés pour la droite

Les bureaux ont fermé à 17h30, mais les premiers résultats sont tombés dès la mi-journée dans les petits départements, où le scrutin majoritaire à deux tours va vite. Et le verdict est sans surprise : les sortants ont été largement reconduits.

Une dizaine de sénateurs ont été réélus dès le premier tour, dont deux chefs de groupe : Mathieu Darnaud (Les Républicains) en Ardèche et Claude Malhuret (Horizons) dans l’Allier, rapporte l’AFP. Dans les Deux-Sèvres, Philippe Mouiller a été réélu dès le premier tour avec 741 voix, selon les chiffres de la préfecture.

Surtout, la droite, déjà majoritaire au Sénat avec ses alliés centristes, a gagné deux sièges à la mi-journée, toujours selon l’AFP. Les résultats par département confirment l’ancrage : Daniel Gremillet (LR) et Jean Hingray (UDI) dans les Vosges, Olivier Rietmann (LR) et le nouveau venu Dimitri Doussot (LR) en Haute-Saône, Bruno Belin (LR) et Marie-Jeanne Bellamy (LR) dans la Vienne, Martine Berthet (LR) et Cédric Vial en Savoie, Jean-Claude Anglars (LR) et Alain Marc en Aveyron.

« Les scores de la mi-journée révèlent, comme souvent lors des sénatoriales, une prime aux sortants. »

La gauche sauve l’honneur dans l’Aude, où le PS fait élire Claudie Faucon Mejean et fait réélire Sébastien Pla. En Haute-Corse, le régionaliste sortant Paul-Toussaint Parigi conserve son siège face au candidat du Rassemblement national, selon Ouest-France.

La Corrèze bascule à droite, Retailleau joue son va-tout en Vendée

Le fait marquant du jour vient de Corrèze : le département bascule à droite avec l’élection de deux Républicains, Pascal Coste et Julien Bounie. Ce dernier, élu au premier tour avec 70,62 % des voix exprimées, a pour suppléante Claude Chirac, la fille de l’ancien président. Un symbole fort dans le fief historique de la famille Chirac.

Autre scrutin très regardé : la Vendée, où Bruno Retailleau brigue sa réélection. Le président des Républicains, également candidat à l’élection présidentielle, joue là un précieux plan B, comme le souligne L’Internaute : en cas d’échec à la présidentielle, le Sénat lui offrirait une base de repli.

Un bureau de vote lors d’un scrutin en France Plus de 93 000 grands électeurs, en majorité des conseillers municipaux, étaient appelés à voter ce dimanche.

Le vrai suspense : le RN aura-t-il son groupe ?

Car le véritable enjeu de la soirée se joue dans les grands départements, ceux qui votent au scrutin proportionnel et dont les résultats arrivent en dernier. Le Rassemblement national y a concentré ses efforts avec un objectif affiché : constituer pour la première fois de son histoire un groupe parlementaire au Sénat.

Jusqu’ici, le parti à la flamme n’a jamais réussi à franchir ce seuil dans la Haute assemblée. S’il y parvient, ce serait un basculement symbolique majeur, en pleine campagne présidentielle. La droite le sait : elle redoute des pertes précisément dans ces grands départements, là où la proportionnelle ouvre une porte au RN.

D’autres questions restent en suspens ce soir :

  • Le groupe macroniste survivra-t-il, à quelques mois du départ d’Emmanuel Macron de l’Élysée ?
  • La France insoumise fêtera-t-elle son premier sénateur ?
  • Quelle sera l’ampleur exacte des gains de la droite une fois tous les départements dépouillés ?

À l’heure où ces lignes sont écrites, le dépouillement se poursuit dans les grandes circonscriptions. Une chose est sûre : le Sénat qui sortira des urnes ce soir restera ancré à droite, mais sa composition exacte, et le visage de l’opposition qui s’y installera, décideront du climat politique des mois à venir.