Des militaires en treillis dans les rues, samedi, pour une journée de manifestations : la France n’avait pas vu ça depuis les émeutes de juillet 2023. Le gouvernement a annoncé ce mardi le déploiement de l’opération Sentinelle et d’un dispositif « massif » pour encadrer l’« acte II » des gilets jaunes, quatre jours après les pillages qui ont secoué le pays.

Samedi 24 octobre, les Français qui descendront dans la rue croiseront peut-être des soldats en treillis. Des militaires de l’opération Sentinelle, habituellement postés dans les gares et devant les monuments, seront déployés pour encadrer les manifestations de l’« acte II » des gilets jaunes. L’annonce est tombée ce mardi 20 octobre à l’Assemblée nationale, lors des questions au gouvernement : la première annonce d’une telle ampleur depuis les émeutes de juillet 2023. L’objectif affiché : éviter le scénario du 17 octobre, journée de manifestations contre la vie chère qui a dégénéré en pillages et en affrontements.

Ce que ça change pour vous samedi 24 octobre

La première conséquence est visuelle : une présence militaire et policière très visible, bien au-delà des seuls cortèges. Les soldats de Sentinelle prendront la relève des policiers et gendarmes sur la surveillance fixe des sites sensibles, pour libérer des effectifs au contact des rassemblements.

Concrètement, si vous habitez ou circulez près d’un lieu de rassemblement samedi, attendez-vous à des contrôles renforcés, à des périmètres bouclés et à des perturbations de circulation. À Paris, des appels à se rassembler place de la Bastille et place de la République circulent déjà, même si les modalités exactes restent à confirmer. Le bon réflexe : consulter vendredi soir et samedi matin le site de votre préfecture, où les arrêtés seront publiés.

Autre changement possible : certaines manifestations pourraient être interdites. Laurent Nuñez étudie l’interdiction de manifestations non déclarées présentant un risque de troubles, et n’exclut pas d’interdire des rassemblements déclarés dont le service d’ordre serait jugé insuffisant. Pour l’instant, il s’agit de mesures envisagées, pas d’interdictions déjà prononcées.

La journée de mardi 20 octobre, dans l’ordre

Lundi 19 octobre, la coordination des gilets jaunes à l’origine du 17 octobre annonçait un « acte II » ce samedi 24 octobre, avec une carte interactive recensant déjà 124 actions prévues dans toute la France. Un nouveau rendez-vous est programmé le samedi 31 octobre, avant la grève intersyndicale du jeudi 5 novembre lancée par la CFDT, la CGT, FO, l’Unsa et la FSU sur les salaires, l’emploi et les services publics.

Ce mardi, devant les députés, Sébastien Lecornu a donné le ton : « Le dispositif de samedi prochain sera massif », reconnaissant que celui du 17 octobre avait été « trop statique et pas assez mobile ». Objectif affiché : un « retour immédiat à l’ordre » après un week-end de violences.

Puis Laurent Nuñez a détaillé le plan, confirmant que la force Sentinelle serait déployée « évidemment », en substitution des forces de sécurité intérieure « principalement sur des missions de sécurisation statique ». Sa formule, rapportée par l’AFP, donne la mesure du changement de cap :

« Nous allons évidemment monter en gamme dans le dispositif pour le 24 octobre où la doctrine sera revue en termes de moyens, en volume bien sûr, en termes de forces engagées et en termes de réactivité, de mobilité, pour aller percuter, impacter ces groupes qui dispersent les forces de l’ordre de manière extrêmement planifiée. »

Militaires français de l’opération Sentinelle en patrouille Des militaires de l’opération Sentinelle seront déployés samedi 24 octobre pour sécuriser des sites sensibles et libérer des policiers pour le maintien de l’ordre.

Pourquoi des militaires pour encadrer des manifestations ?

La réponse du gouvernement tient en une phrase : libérer des policiers et des gendarmes. Les soldats n’ont pas vocation à encadrer les cortèges ni à interpeller des manifestants. Leur rôle restera concentré sur la sécurisation de sites sensibles et de points fixes, dans le cadre habituel de Sentinelle.

C’est le schéma de juillet 2023 : des militaires sur les missions statiques, des policiers et gendarmes au contact des cortèges. La doctrine se veut cette fois plus réactive, capable de suivre des petits groupes qui se déplacent vite d’un quartier à l’autre, plutôt que de tenir des positions fixes.

Quelles forces seront déployées samedi 24 octobre ?

La liste des unités engagées en dit long sur la gravité du dispositif : la BRI, le GIGN et le RAID, les unités d’élite de la police et de la gendarmerie, ainsi que des hélicoptères, des blindés Centaure et des engins lanceurs d’eau.

Une partie de ces moyens était déjà mobilisée le 17 octobre. « Il faut aller au-delà », a estimé Laurent Nuñez. Aucun chiffre précis sur les effectifs engagés n’a été communiqué ; les instructions ont déjà été données aux préfectures.

CRS déployés lors d’une manifestation en France Les unités d’élite BRI, GIGN et RAID seront engagées samedi, ainsi que des hélicoptères, des blindés Centaure et des lanceurs d’eau.

Les manifestations du 24 octobre peuvent-elles être interdites ?

La réponse du gouvernement est volontairement ambiguë. Les préfets disposent déjà du pouvoir d’interdire une manifestation non déclarée présentant un risque de troubles, et Laurent Nuñez veut visiblement l’utiliser plus largement. Plus sensible : des rassemblements déclarés pourraient aussi être interdits si le service d’ordre est jugé insuffisant. Pour les manifestants pacifiques : vérifiez que votre rassemblement est déclaré, et suivez les consignes du service d’ordre.

Pourquoi le gouvernement change de doctrine après le 17 octobre

Environ 550 000 personnes ont manifesté le 17 octobre selon le ministère de l’Intérieur, 800 000 selon les organisateurs, contre la vie chère. Mais la journée a été éclipsée par les violences et les pillages : vitrines brisées, boutiques saccagées, bâtiments publics incendiés dont la mairie de Limoges.

Le gouvernement reconnaît depuis des défaillances : renseignement insuffisant, dispositif trop statique. Des couvre-feux partiels ont été instaurés dans plusieurs grandes villes. La nuit du 19 au 20 octobre est restée calme ; de nouveaux couvre-feux pour ce soir seront décidés par les préfets en lien avec les maires.

Côté judiciaire, plus de 2 500 gardes à vue depuis le 17 octobre, 123 personnes placées en détention provisoire. Les premières comparutions immédiates ont eu lieu ce mardi, et les groupes de l’Assemblée se sont accordés pour lancer une commission d’enquête sur ces violences.

Le week-end s’annonce donc sous haute tension : outre les manifestations de l’« acte II », le Rassemblement national tient son congrès à Orléans, où des débordements sont redoutés. Samedi 24 octobre dira si le dispositif « massif » promis par le gouvernement suffit à ramener l’ordre dans les rues de France.