Sept mois et demi hors de la Terre. Jeudi 8 octobre, la capsule qui ramenait Sophie Adenot s’est posée dans le Pacifique au large de la Californie, et la Française est entrée dans l’histoire du spatial européen.

Le record de Sophie Adenot dans l’espace est officiel depuis ce jeudi 8 octobre. Vers 17h35, heure de Paris, la capsule Dragon de SpaceX qui la ramenait avec ses trois coéquipiers s’est posée sur l’océan Pacifique, au large de San Diego. La Française venait de passer 235 jours à bord de la Station spatiale internationale : aucun astronaute européen, homme ou femme, n’avait tenu aussi longtemps en orbite d’une traite.

Il a fallu attendre un peu plus de 27 heures entre le désamarrage, mercredi à 14h05, et l’amerrissage. Vingt-sept heures suspendu à la trajectoire d’une capsule qui traverse l’atmosphère avant de déployer ses parachutes. Puis le silence des communications, les parachutes, et l’eau.

La chronologie de ce jeudi

Le retour a commencé mercredi. La capsule s’est détachée de l’ISS à 14h05, heure de Paris, et les quatre astronautes ont entamé leur longue descente. La NASA retransmettait les images en direct.

Jeudi après-midi, la capsule a traversé l’atmosphère, ralentie par ses parachutes, avant de se poser à 17h34-17h35 sur le Pacifique. « Nous sommes très heureux d’être de retour sur Terre après une mission incroyable », a lancé la commandante Jessica Meir peu après l’amerrissage.

Le navire MV Shannon, affrété par SpaceX, a ensuite récupéré la capsule. Les quatre astronautes ont été extraits un par un, installés sur des civières ou des fauteuils adaptés — après huit mois sans gravité, tenir debout est un vrai défi — puis transportés par hélicoptère vers la base aéronavale de North Island, à San Diego. Destination finale : le centre spatial Johnson de la NASA, à Houston, où une équipe médicale de l’Agence spatiale européenne prendra en charge Sophie Adenot pour le long vol de retour vers Cologne.

Sophie Adenot en combinaison spatiale devant le drapeau de l’ESA Sophie Adenot en combinaison spatiale, devant le drapeau de l’ESA.

Ce que ça change pour vous

Soyons clairs : ce record ne changera pas votre facture d’électricité. Mais il prépare quelque chose qui vous concernera peut-être plus vite qu’on ne le croit. Les séjours longs en orbite sont le banc d’essai des futures missions vers la Lune et Mars. Chaque record, chaque examen médical passé après huit mois d’apesanteur, chaque sortie dans le vide, c’est du savoir médical et technique qui servira aux vols habités des années 2030.

Pour l’Europe, c’est aussi une question d’autonomie. Sophie Adenot est la deuxième Française à être allée dans l’espace, trente ans après Claudie Haigneré. L’ESA veut peser davantage face à la NASA et aux Chinois : une mission de cette durée, c’est la preuve que les astronautes européens tiennent la distance.

Et pour les curieux, la mission continue de se raconter : les comptes de l’ESA et les images de la NASA restent la meilleure porte d’entrée pour suivre ce que fait vraiment un astronaute à bord de la station, loin des films de science-fiction.

Qui est Sophie Adenot ?

Colonelle de l’armée de l’Air et pilote d’hélicoptère, Sophie Adenot a rejoint le corps des astronautes de l’ESA en 2022. En février dernier, elle est devenue la deuxième Française à franchir la ligne de Karman, la frontière entre l’atmosphère et l’espace, et la onzième astronaute tricolore. C’était sa première mission, et elle l’a décrite comme la réalisation d’un rêve d’enfance.

Avant son départ, dans une vidéo publiée sur Instagram, elle disait avoir hâte de retrouver ses proches — et une bonne galette bretonne — tout en ressentant une « pointe de nostalgie » à l’idée de quitter le laboratoire orbital.

Combien de temps est-elle restée dans l’espace ?

Les chiffres varient légèrement selon les sources, entre 235 et 237 jours au total. Ce qui est établi : elle a passé 235 jours à bord de la Station spatiale internationale, à 400 kilomètres d’altitude. Le record européen précédent appartenait à l’Italien Luca Parmitano, avec 201 jours en 2019-2020. Sophie Adenot le bat donc d’un mois et demi, et elle le détenait déjà depuis début septembre.

Pendant ce séjour, elle a mené trois sorties extravéhiculaires, dans le vide spatial, à l’extérieur de la station. Des opérations délicates : remplacer un rétroréflecteur, changer une caméra sur le bras robotique. Elle totalise désormais près de vingt heures passées hors de la station.

Sophie Adenot en uniforme de vol de l’ESA Sophie Adenot avant sa mission : l’écusson « Epsilon » du patch, du nom de sa mission.

Comment s’est passé le retour ?

Un voyage de retour ne s’improvise pas. La relève était déjà arrivée : la mission Crew-13, quatre astronautes, avait rejoint l’ISS le 1er octobre pour prendre la suite. Quelques jours de cohabitation, le temps de transmettre les consignes, puis le départ.

  • Désamarrage : mercredi 7 octobre, 14h05 heure de Paris
  • Voyage retour : plus de 27 heures dans la capsule Dragon
  • Amerrissage : jeudi 8 octobre, vers 17h35 heure de Paris, Pacifique au large de San Diego
  • Équipage : Sophie Adenot, Jessica Meir et Jack Hathaway (États-Unis), Andreï Fediaïev (Russie)
  • Récupération : navire MV Shannon de SpaceX, puis hélicoptère vers North Island

« Nous sommes très heureux d’être de retour sur Terre après une mission incroyable. » — Jessica Meir, commandante de la mission Crew-12

Et maintenant ?

Prochaines étapes pour la Française : les examens médicaux à Houston, le retour en Allemagne auprès des équipes de l’ESA, puis la France. Reste la question que tout le monde se pose : repartira-t-elle ? L’ESA ne l’a pas annoncé. Mais avec un record européen en poche et trois sorties dans le vide au compteur, Sophie Adenot ne redescend pas vraiment sur Terre : elle vient de s’installer dans l’histoire du spatial français.