Un mot, peint sur des devantures de commerces, et une réaction immédiate de la mairie. Samedi matin, des tags faisant la promotion de la « remigration » ont été découverts à Paris. Le maire, Emmanuel Grégoire, a saisi la procureure de la République et annoncé un dépôt de plainte. Le même week-end, le colloque et la manifestation prévus sur ce thème ont été interdits par les préfectures.
Les tags remigration Paris, découverts samedi 31 octobre au matin sur des façades de commerces, ont poussé la mairie à saisir la justice le jour même. Le maire socialiste, Emmanuel Grégoire, l’a annoncé sur X dans la matinée : la Ville saisit la procureure de la République au titre de l’article 40 du code de procédure pénale et dépose plainte, pour que les auteurs soient identifiés et poursuivis. Dans le même message, il écrit : « Derrière le mot “remigration” se trouve le projet raciste de l’extrême droite. Nous ne laisserons pas cette haine s’installer dans nos rues. »
Le nombre exact de tags et la liste précise des commerces concernés n’ont pas été rendus publics. La mairie, elle, ne laisse pas de doute sur la façon dont elle lit ces inscriptions : des tags qui reprennent le mot d’ordre de mouvements d’extrême droite et qui constituent, selon son communiqué, une incitation à la haine raciale. Ses équipes de propreté sont intervenues dans la journée pour les effacer.
Ce que ça change pour vous ce dimanche à Paris
Si vous sortez à Paris ce dimanche 1er novembre, deux choses comptent concrètement. D’abord, la manifestation organisée par le collectif Objectif Remigration, prévue ce dimanche, est interdite par arrêté de la préfecture de police. Selon Libération, elle devait se tenir place des Pyramides. Se rendre à un rassemblement interdit, c’est s’exposer à un contrôle, à une dispersion par les forces de l’ordre et à des poursuites. Ensuite, un couvre-feu s’applique autour de la place de la République et de Châtelet-Les Halles : il court de 23 heures à 6 heures, pour la nuit de samedi à dimanche puis pour celle de dimanche à lundi, avec une interdiction de circuler dans ces secteurs.
Une boutique parisienne, dans un quartier commerçant de la capitale.
Que s’est-il passé samedi matin ?
La chronologie tient en quelques heures. Samedi matin, les inscriptions sont découvertes sur des façades de commerces parisiens. Le maire réagit sur X, annonce le signalement au parquet et la plainte. Dans la foulée, la Ville fait intervenir ses services pour supprimer les tags. Franceinfo et 20 Minutes ont relayé l’annonce samedi après-midi, en reprenant les mots du maire et le communiqué municipal. Aucune revendication n’a été rendue publique à ce stade, et rien ne permet d’identifier les auteurs ni leurs motivations.
« Derrière le mot “remigration” se trouve le projet raciste de l’extrême droite. Nous ne laisserons pas cette haine s’installer dans nos rues. » Emmanuel Grégoire, maire de Paris, samedi 31 octobre.
Pourquoi la mairie parle d’une « gravité particulière »
La Ville ne traite pas ces tags comme de simples dégradations. Dans son communiqué, elle estime qu’ils revêtent une gravité particulière, quelques jours après l’attentat raciste de Trappes. Le 23 octobre, cet attentat a fait un mort dans les Yvelines, et c’est explicitement ce contexte que les préfectures ont invoqué, jeudi 29 octobre, pour interdire les deux événements du week-end.
Le mot lui-même n’est pas neutre. La « remigration » est employée par l’extrême droite radicale pour désigner une politique d’expulsion de masse des personnes d’origine étrangère.
Un week-end d’interdictions : colloque samedi, manifestation dimanche
Les tags de samedi ne sont pas tombés dans un vide. Jeudi 29 octobre, deux arrêtés avaient déjà été pris, à la demande du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez : l’un par le préfet des Hauts-de-Seine, l’autre par le préfet de police de Paris. Le premier interdisait le colloque « Remigration : ouvrons le débat ! », organisé par le cercle identitaire Polémia et prévu samedi 31 octobre à la Maison des arts du Plessis-Robinson. Le second interdisait la manifestation d’Objectif Remigration prévue dimanche 1er novembre à Paris.
Les deux préfectures ont invoqué les risques de troubles à l’ordre public, notamment à la suite de l’attentat de Trappes. L’arrêté des Hauts-de-Seine va plus loin : il estime que l’initiative repose sur une idéologie xénophobe et raciste, fondée sur la conviction que les immigrés constitueraient, par essence, une menace pour l’avenir des pays européens.
Une boutique de la rue Saint-Honoré, à Paris.
Les organisateurs n’ont pas accepté ces interdictions sans réagir. Polémia a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, et les organisateurs de la manifestation ont annoncé sur Instagram la maintenir tant que le tribunal administratif n’aurait pas statué. En parallèle, l’essayiste autrichien Martin Sellner, attendu pour dédicacer son livre sur la « remigration », a été refoulé jeudi à son arrivée à l’aéroport de Beauvais et visé par une interdiction administrative d’entrée sur le territoire. Malgré l’interdiction, le colloque a été diffusé en direct sur Radio Courtoisie et sur les réseaux des organisateurs, selon les comptes rendus du week-end.
De l’autre côté, une vingtaine d’organisations, dont des associations antiracistes et des syndicats, avaient appelé à des contre-rassemblements, notamment samedi matin au Plessis-Robinson, pour s’opposer à la tenue du colloque.
Que va-t-il se passer maintenant ?
Trois questions restent ouvertes : l’enquête, pour identifier les auteurs ; la qualification retenue par la justice, entre dégradation et incitation à la haine, la loi de 1881 prévoyant jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende pour la provocation publique à la haine ; et la suite du recours déposé par Polémia devant le juge des référés.
En attendant, le message pratique pour ce dimanche est simple : la manifestation « remigration » est interdite, et le couvre-feu de 23 heures à 6 heures s’applique autour de République et des Halles. Les tags ont déjà disparu des murs. Reste à savoir qui les a peints, et ce que la justice en fera.
