Un ministre qui dit « je ne suis pas pour les taxes » avant d’ouvrir la porte à une nouvelle taxe, une filière qui parle de « coup de poignard dans le dos », et 200 millions d’euros en jeu : la bataille de la taxe sur le sucre a commencé, et elle se jouera dans vos rayons dès 2027.

La taxe sucre 2027 est peut-être la mesure la plus controversée du budget que le Premier ministre présentera jeudi. Ce mercredi 30 septembre, le ministre du Commerce et du Pouvoir d’achat Serge Papin a confirmé sur LCI qu’une taxe sur les produits sucrés faisait « partie des choses qui sont sur la table » du gouvernement. L’objectif affiché : la lutte contre l’obésité. L’objectif moins avoué : 200 millions d’euros de recettes.

200 millions d’euros : le jackpot que l’État espère

Selon Les Échos, la mesure serait inscrite dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. Elle viserait certains produits transformés dépassant un seuil de sucre encore inconnu. Le gouvernement escompte dégager 200 millions d’euros de recettes : exactement le montant avancé par des députés Horizons et EPR dans des amendements déposés à l’automne 2025 sur le même sujet.

Une partie du secteur agroalimentaire est déjà vent debout. Jean-François Loiseau, président de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), craignait mercredi sur RMC qu’à la fin, « ce sont les consommateurs qui vont payer ». Selon lui, la taxe pourrait viser beaucoup de produits typiques des boulangeries françaises.

« Aujourd’hui, un gamin de 9 ans a mangé autant de sucres que son grand-père qui a vécu toute une vie. » — Serge Papin, ministre du Commerce, sur LCI

Des morceaux de sucre blanc empilés, l’ingrédient au coeur de la nouvelle taxe Des morceaux de sucre : la taxe viserait les produits transformés dépassant un seuil de teneur en sucre encore inconnu.

Chocolats, biscuits, confiseries : qui est dans le viseur ?

Pas de liste officielle pour l’instant, mais les suspects habituels sont déjà désignés. La filière avait fait bloc à l’automne 2025 quand des députés avaient tenté d’instaurer une taxe comparable : fabricants de chocolats, confiseries et biscuits craignaient une taxe qui les « impacterait très lourdement », pendant que la Fédération des entreprises de boulangerie dénonçait une « taxe comportementale » pénalisant toute la profession.

Même levée de bouclier cette semaine. La Fédération des entreprises de boulangerie voit dans ce projet « un coup de poignard dans le dos », alors que ses entreprises « travaillent à un accord collectif de réduction du sucre dans les pâtisseries et les viennoiseries », selon un communiqué. Quant aux syndicats du Chocolat, des Confiseurs de France, et des Biscuits, gâteaux et panification de France, ils qualifient l’hypothèse de « faute économique, industrielle et territoriale », qui frapperait des « entreprises, souvent familiales et implantées dans nos territoires ».

Ce que ça change pour vous : quatre questions, quatre réponses

  • Combien ? Aucun montant n’est fixé : le seuil de sucre déclenchant la taxe est encore inconnu. Mais les industriels sont formels : la hausse se répercutera sur les prix des paquets. L’État, lui, table sur 200 millions d’euros de recettes.
  • Quand ? Le budget 2027 est présenté ce jeudi 1er octobre. Si la mesure y figure, elle passerait par le PLFSS 2027 : aucun effet sur les étiquettes avant l’an prochain.
  • Qui est concerné ? Tout acheteur de produits sucrés transformés : biscuits, chocolats, confiseries, viennoiseries. Les produits les plus sucrés du quotidien sont les premiers visés.
  • Que faire ? Rien pour l’instant, la mesure n’existe pas encore. Mais gardez un œil sur votre ticket de caisse l’an prochain : une reformulation des recettes par les fabricants reste possible pour échapper à la taxe.

Des tablettes de chocolat au lait, noir et blanc empilées Les tablettes de chocolat figurent parmi les produits que la filière craint de voir taxés.

Un air de déjà-vu : la taxe recalée de l’automne 2025

Ce n’est pas la première fois que l’idée fait son chemin. À l’automne 2025, des députés avaient tenté d’instaurer une taxe comparable, et la filière avait déjà fait bloc. L’ironie du sort : Serge Papin, longtemps dirigeant du groupement de distribution Système U avant d’entrer au gouvernement en octobre 2025, jurait encore mercredi sur LCI « ne pas être pour les taxes ». « Je n’ai pas dit qu’il fallait forcément passer par les taxes », s’est-il défendu.

Une fiscalité alimentaire incitative existe déjà en France, limitée aux boissons édulcorées et contenant des sucres ajoutés. Cette taxe sur les sodas a rapporté environ 800 millions d’euros en 2025, selon un rapport de la commission des Affaires sociales publié en juin 2026. C’est précisément ce précédent qui fait dire aux industriels que le scénario est écrit d’avance.

Reste à savoir si le budget présenté jeudi retiendra vraiment la mesure. Entre la promesse de recettes et la colère d’une filière qui emploie des milliers de familles dans les territoires, le gouvernement a vingt-quatre heures pour trancher. Et pour les consommateurs, une question simple : combien de carrés de chocolat faudra-t-il sacrifier pour remplir les caisses de l’État ?