Trois heures du matin en France. Sur une piste perdue du Texas, une voiture rouge grimpe vers le ciel, se fige tête en bas à vingt mètres du sol, puis retombe, pivote en l’air et atterrit sur ses quatre roues. Elon Musk avait promis la plus grande démonstration de l’histoire de Tesla : pour une fois, la nuit a tenu parole.

Neuf ans après le premier prototype, le Tesla Roadster 2028 existe enfin pour de vrai. Dans la nuit du jeudi 15 au vendredi 16 octobre, à 3 heures du matin heure française, Elon Musk a dévoilé la version de série près de Waco, au Texas, sur le terrain où SpaceX teste d’habitude ses moteurs de fusées. Devant un public de clients dont certains avaient versé jusqu’à 250 000 dollars de réservation, la voiture a fait ce qu’aucune voiture de série n’avait fait avant elle : décoller, pivoter dans les airs et se poser sur ses quatre roues.

Ce que ça change pour vous, en France

Premier point, et il est concret : le configurateur français de Tesla prend déjà les réservations. Comptez 50 000 € pour la version Performance, avec 5 000 € payés par carte puis 45 000 € à verser sous dix jours, et 250 000 € pour la version Thrust, dont seuls les 5 000 € initiaux sont présentés comme « entièrement remboursables ». La version Rocket, celle qui vole vraiment, n’est accessible que sur invitation.

Deuxième point : personne ne connaît le prix de vente. Ni Musk sur scène, pressé de questions par le public, ni le site de Tesla ne l’ont annoncé. En 2017, la version de base était promise autour de 200 000 dollars. Neuf ans plus tard, l’addition reste un mystère, et l’acompte ne la garantit en rien.

Troisième point, le plus important peut-être : le « vol » restera au garage. Sur son site, Tesla précise que la fonction de vol n’est pas autorisée sur la voie publique et que la version Rocket pourrait ne pas être disponible dans toutes les régions. En clair, vous paierez pour une voiture volante que la loi vous interdira de faire voler.

Le Tesla Roadster deuxième génération, dont la version de série a été dévoilée au Texas Le Roadster deuxième génération : la silhouette présentée cette nuit reprend le dessin du prototype de 2017.

Le déroulé d’une nuit hors norme

La soirée n’a duré qu’une trentaine de minutes, mais elle a été réglée comme un numéro de cirque. Musk avait chauffé la salle : ce serait, disait-il, « la meilleure démonstration produit de tous les temps ». Il ajoutait qu’il lui fallait un vrai public « pour prouver que ce n’est pas de l’intelligence artificielle ».

D’abord, la voiture a grimpé une rampe incurvée qui partait vers le ciel. En haut, à une vingtaine de mètres, elle s’est immobilisée tête en bas. À l’écran, les jauges affichaient plus de 4,6 tonnes d’appui. Pas de magie : des ventilateurs aspirent l’air sous la caisse, épaulés par des ailerons actifs, et plaquent l’engin contre la piste même à l’arrêt.

Ensuite, la chute. La voiture s’est laissée tomber dans le vide, et ses propulseurs à gaz froid l’ont remise à l’endroit avant d’amortir la réception. Puis le clou du spectacle : un saut en vrille par-dessus toute la gamme Tesla alignée au sol, du Cybercab au camion Semi, en passant par le Cybertruck, la Model Y et la Model 3.

« Nous avons besoin d’un public pour prouver que ce n’est pas de l’intelligence artificielle. » — Elon Musk, sur scène au Texas

Côté chronomètre, la démonstration a affiché un 0 à 97 km/h en 0,81 seconde. Musk assure que le modèle de production fera encore mieux.

La voiture peut-elle vraiment voler ?

Pas comme un avion. Le Roadster réalise des sauts de quelques secondes grâce à des propulseurs à air comprimé, une technologie directement héritée des fusées SpaceX. C’est la première fois qu’un constructeur grand public intègre à ce niveau une technologie spatiale dans une voiture de route.

Tesla décline la gamme en trois versions :

  • Performance : deux places, pensée pour la route, avec aérodynamique active et système d’aspiration qui plaque la voiture au sol.
  • Thrust : deux places, propulseurs à gaz froid à l’arrière, plutôt taillée pour le circuit.
  • Rocket : une place, dix propulseurs répartis autour de la voiture, « prête à voler » selon Tesla, mais sur invitation uniquement.

Le design revendique ses inspirations : les avions militaires américains SR-71 et F-35, cités par la marque elle-même.

Elon Musk lors d’une présentation du Roadster Elon Musk présente le Roadster : « la meilleure des dernières voitures conduites par un humain », selon ses mots.

Quel est le prix du Tesla Roadster en 2028 ?

C’est la question que tout le monde a posée et à laquelle personne n’a répondu. Voici ce qui est chiffré, et ce qui ne l’est pas.

Les acomptes sont officiels : 50 000 € pour réserver une Performance en France, 250 000 € pour une Thrust. En face, aucun tarif final, aucune date de livraison précise. Le Français Éric Larchevêque, cofondateur de Ledger, faisait partie des clients présents au Texas. Sa réaction, postée sur X juste après la soirée, résume l’ambiance : « Je sais ce que j’ai acheté. Je ne sais pas quand je l’aurai. »

Pour le reste, Tesla annonce environ 482 kilomètres d’autonomie et plus de 370 km/h en pointe pour la version Rocket. C’est deux fois moins d’autonomie que les 1 000 kilomètres promis en 2017 : la promesse a fondu presque autant que le délai s’est allongé.

Quand le Roadster sortira-t-il vraiment ?

Elon Musk vise un début de production en 2028. Après neuf ans de reports, l’annonce mérite d’être lue avec des pincettes. Le prototype avait été révélé en 2017 avec des livraisons promises pour 2020. La présentation de cette semaine elle-même devait avoir lieu le 1er octobre et avait été repoussée pour cause de météo.

Les analystes ne s’y trompent pas. La banque Morningstar table sur environ 2 000 ventes par an, une goutte d’eau face aux 1,6 million de Tesla écoulées l’an dernier : pour l’entreprise, le Roadster restera d’abord un produit d’image. Musk, lui, prévient sans détour : ce n’est « pas forcément une voiture optimisée pour la sécurité ».

Reste l’essentiel. Cette nuit au Texas, une voiture a décollé, fait un tonneau et s’est posée, sous les yeux d’un public venu vérifier que ce n’était pas un trucage. En 2028, peut-être, quelques centaines d’acheteurs très fortunés rouleront avec. Les autres se contenteront de la vidéo, qui, elle, est déjà en ligne.