Vendredi 23 octobre, peu après 10 heures, des rafales claquent à Trappes puis à La Verrière, dans les Yvelines. Un homme de 26 ans meurt, une fillette de 12 ans reçoit huit balles, le parquet antiterroriste ouvre une enquête pour entreprise terroriste avec un mobile raciste. Le suspect a été interpellé en moins de dix minutes. Voici tout ce que l’on sait.

La fusillade de Trappes est le fait marquant de ce vendredi 23 octobre. Vers 10 h 30, un homme au volant d’une Renault Clio grise a ouvert le feu en rafales sur la voie publique, d’abord à Trappes, puis à La Verrière, dans les Yvelines. Le bilan provisoire, communiqué à la mi-journée, fait état d’un mort et de quatre blessés graves. Le parquet national antiterroriste s’est saisi du dossier en milieu de journée et retient, pour ouvrir l’enquête, les qualifications d’entreprise terroriste avec un mobile raciste.

Que s’est-il passé ce vendredi 23 octobre ?

La chronologie des faits, telle que la décrivent les sources policières citées par Le Figaro et les déclarations des autorités, tient en quelques dizaines de minutes.

Peu après 10 heures, le suspect arrive à Trappes. Depuis son véhicule, sans en descendre, il tire au niveau du square Van Gogh, près de la poste, au square Pergaud, à la station Esso de la RN10 et devant une maison de santé. Il poursuit ensuite sa route vers La Verrière, où ses tirs visent les abords de la pharmacie du Bois-de-l’Étang et de la gare SNCF. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a parlé de trois zones de tirs distinctes et de cinq personnes visées par les rafales.

À 10 h 30 environ, les premiers appels parviennent à police secours. Moins de dix minutes plus tard, des policiers de la brigade anticriminalité de Saint-Quentin-en-Yvelines interpellent le suspect à Coignières, sur la RN10, en possession de l’arme. À 12 h 40, le PNAT annonce qu’il se saisit de l’enquête. Laurent Nuñez se rend sur place et parle d’un « périple meurtrier ». Emmanuel Macron exprime sur X sa « profonde émotion » et ses pensées aux victimes, aux familles et aux habitants des Yvelines. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, assure que l’ensemble des moyens des forces de sécurité et de l’autorité judiciaire sont mobilisés.

Un véhicule de secours des sapeurs-pompiers en intervention Un véhicule de secours des sapeurs-pompiers (photo d’illustration).

Fusillade à Trappes : qui sont les victimes ?

Le bilan communiqué vendredi à la mi-journée reste provisoire, plusieurs blessés se trouvant en urgence absolue.

Un homme de 26 ans est mort à Trappes, au niveau du square Pergaud. Parmi les quatre blessés graves figure une fillette de 12 ans, touchée par huit balles à La Verrière, selon le maire de la commune, Nicolas Dainville. Transportée en urgence absolue à l’hôpital Necker à Paris, son état se serait stabilisé. Trois hommes de 21, 29 et 48 ans ont également été grièvement blessés. L’un d’eux a été admis à l’hôpital Pompidou en urgence absolue, un autre à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre.

Le maire de Trappes, Ali Rabeh, a décrit sur BFMTV des « tirs nourris » dans plusieurs quartiers, visant notamment un espace de jeux, une maison de santé et plusieurs véhicules. Selon l’AFP, il a relevé que les deux victimes de Trappes étaient d’origine africaine et maghrébine. À La Verrière, Nicolas Dainville a affirmé que l’assaillant « visait des gens de couleur ». Une source policière citée par Le Figaro évoque des tirs sur des personnes d’origine maghrébine et des femmes voilées.

« C’est un miracle qu’on n’ait pas davantage de victimes », a déclaré Ali Rabeh, le maire de Trappes, sur BFMTV.

Qui est Kevin T., le suspect interpellé à Coignières ?

Le suspect est un homme de 39 ans, né en 1987 à Saint-Cyr-l’École et domicilié à Plaisir, une commune voisine des lieux de l’attaque. Il était connu des services de police pour des faits de délinquance, mais pas des services de renseignement, selon une source proche du dossier citée par franceinfo. Il a été placé en garde à vue et reste, à ce stade, présumé innocent.

L’arme retrouvée en sa possession au moment de l’interpellation a intrigué les enquêteurs. Il s’agirait d’un Sten MK II, un pistolet-mitrailleur britannique produit en masse pendant la Seconde Guerre mondiale, une arme automatique de catégorie A dont la provenance reste à établir. Sur lui, de la cocaïne et des bombes lacrymogènes auraient également été retrouvées, selon une source policière citée par Le Figaro. Seules des analyses toxicologiques diront s’il était sous l’emprise de stupéfiants au moment des faits.

Avant de partir, le suspect aurait laissé le gaz ouvert à son domicile de Plaisir. Selon une source proche du dossier, « l’appartement était piégé ». Le Raid et les services de déminage ont été envoyés sur place. La mère du suspect se serait, quant à elle, manifestée auprès de la police.

Pourquoi le parquet antiterroriste s’est-il saisi de l’enquête ?

Le PNAT a ouvert une enquête de flagrance pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance que les faits auraient été commis à raison de l’appartenance vraie ou supposée des victimes à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée. L’enquête porte aussi sur la détention d’une arme de catégorie A et sur une association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation de crimes contre les personnes.

Cette saisine ne signifie pas que le caractère terroriste est établi : ce sont les qualifications retenues pour ouvrir l’enquête. Les investigations sont confiées à la sous-direction antiterroriste, qui coordonne, avec les directions zonales de la police nationale et la Direction générale de la sécurité intérieure. Interrogé sur un éventuel mobile raciste, Laurent Nuñez a répondu qu’il fallait laisser l’enquête se dérouler, tout en jugeant les chefs d’inculpation retenus par le procureur « assez clairs, assez explicites ». Le Figaro rapporte que le ministre a dénoncé un « crime terroriste ».

J’y étais : que faire maintenant ?

Pour les témoins et les habitants des deux communes, un dispositif a été mis en place dès vendredi après-midi. La préfecture des Yvelines a ouvert à 14 heures deux postes d’urgence médico-psychologique, l’un à la mairie de Trappes, l’autre à la mairie de La Verrière. Ils s’adressent aux personnes directement impliquées dans la fusillade ainsi qu’aux témoins. La ville de Trappes avait déjà annoncé sa propre cellule d’aide psychologique.

La mairie de Trappes, où un poste d’urgence médico-psychologique a été ouvert La mairie de Trappes, où un poste d’urgence médico-psychologique a été ouvert vendredi après-midi (photo d’illustration).

Si vous avez vu ou entendu quelque chose, vous pouvez vous présenter dans l’un de ces postes ou contacter les enquêteurs : les témoignages directs comptent dans une enquête qui cherche encore à reconstituer le parcours exact du tireur entre Trappes et La Verrière. Et comme toujours dans une affaire de cette gravité, prudence avec les noms et les rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux : le suspect est présumé innocent, et diffuser de fausses informations peut entraver l’enquête.

Et maintenant, que va-t-il se passer ?

La garde à vue du suspect doit permettre d’éclaircir ses motivations, qui restent inconnues. L’enquête devra aussi établir la provenance du Sten MK II et déterminer si l’attaque était préméditée. Les qualifications terroristes ouvrent la voie à des moyens d’investigation renforcés et à des peines potentiellement très lourdes.

La fusillade intervient à la veille d’un samedi de mobilisations : le ministre de l’Intérieur a demandé aux préfets d’interdire samedi 24 octobre les manifestations susceptibles de troubler l’ordre public, après une semaine déjà marquée par les violences du 17 octobre. Les rassemblements organisés par les syndicats, eux, sont autorisés sur des parcours sécurisés.

Ce vendredi soir, Trappes et La Verrière restent sous le choc. Une fillette de 12 ans se bat à l’hôpital, une famille pleure un jeune homme de 26 ans, et toute une région attend les réponses de l’enquête. La justice antiterroriste a pris le dossier en main : elle a désormais 96 heures de garde à vue pour commencer à comprendre.