Dimanche matin, le parquet national antiterroriste a pris une décision qui a surpris les familles des victimes : la garde à vue du suspect de la fusillade de Trappes a été levée pour raisons psychiatriques. L’homme de 39 ans n’est pas libre pour autant. Il a été transféré à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris, pour une observation qui peut durer 48 heures. Voici ce que cette décision change, et ce qu’elle ne change pas.
Dimanche matin, le parquet national antiterroriste (PNAT) a annoncé la levée de la garde à vue du suspect de la fusillade de Trappes, pour raisons psychiatriques. Après l’examen mené samedi soir, l’homme de 39 ans a été transféré à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police de Paris. Des psychiatres doivent y évaluer si son état permet de reprendre les auditions, dans un délai qui peut aller jusqu’à 48 heures.
Le mot qui circule depuis, « libéré », est trompeur. Suspendre une garde à vue pour une observation psychiatrique, ce n’est pas remettre quelqu’un en liberté, a rappelé le parquet dimanche. L’homme reste sous le contrôle de la justice et des médecins, dans un cadre médical et non plus dans un commissariat.
Ce que ça change pour vous : non, le suspect n’est pas libre
Pour les familles, la première conséquence est concrète. L’enquête ne s’arrête pas. Les enquêteurs de la SDAT et de la DGSI, saisis par le PNAT, continuent leur travail pendant l’observation, et les auditions des quatre proches placés en garde à vue se poursuivent. Rien, dans le communiqué de dimanche, n’indique un classement ou un abandon des poursuites.
Pour les habitants de Trappes et de La Verrière, aucune mesure annoncée publiquement ne change ce week-end. Seul le calendrier judiciaire bouge : après l’observation, les médecins diront si les interrogatoires reprennent.
Trappes : la chronologie, de vendredi à dimanche
Vendredi 23 octobre, peu après 10 heures, des tirs en rafales éclatent depuis une voiture à Trappes, puis à La Verrière. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, du club de MMA Atch Academy d’Aubervilliers, est tué au square Pergaud. Le suspect est interpellé à Coignières moins de dix minutes plus tard. Le PNAT se saisit le jour même, pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, en examinant un possible mobile raciste. Emmanuel Macron a qualifié les faits d’attaque raciste.
Samedi, la garde à vue est prolongée, quatre proches sont interrogés, et la perquisition à Plaisir met au jour, selon Le Monde et une source proche de l’enquête citée par l’AFP, un exemplaire de Mein Kampf. Samedi soir, l’examen psychiatrique est mené à la demande du PNAT. Dimanche matin, la levée est annoncée.
Des policiers en patrouille (photo d’illustration).
Le suspect est-il libre ?
Non. C’est le point que le parquet a tenu à clarifier dès dimanche, parce que la confusion s’est répandue très vite sur les réseaux sociaux. Une garde à vue levée pour raisons psychiatriques place la personne dans un autre cadre, médical celui-là, et non dehors. Si les psychiatres jugent que son état permet de poursuivre les auditions, la garde à vue peut reprendre. Si ce n’est pas le cas, d’autres mesures psychiatriques peuvent être décidées. Aucune de ces deux issues ne revient à dire que l’affaire est close. Le suspect reste, en outre, présumé innocent : aucune juridiction ne l’a jugé à ce stade.
Que vont décider les psychiatres dans les 48 heures ?
La question posée aux médecins est étroite, et c’est elle qui commande la suite. Son état de santé mentale est-il compatible avec la poursuite des interrogatoires ? Le parquet a aussi indiqué que des analyses toxicologiques avaient retrouvé des traces de cannabis et de cocaïne dans son sang. Ces résultats font partie des éléments à replacer dans l’ensemble du dossier. Ils ne tranchent pas, à eux seuls, la question de la responsabilité pénale.
Selon une source proche de l’enquête citée par l’AFP, l’homme souffrirait de schizophrénie. Le communiqué du parquet ne le confirme pas, et l’information reste à manier avec prudence.
Un palais de justice (photo d’illustration).
Peut-il échapper à un procès ?
Pas à ce stade, et pas sur la seule base de cette observation de 48 heures. En droit français, la suite dépendra d’expertises psychiatriques beaucoup plus complètes, menées plus tard dans l’instruction. Les experts devront dire si, au moment des faits, le discernement du suspect était aboli ou seulement altéré. Aboli, il peut être déclaré pénalement irresponsable et ne pas être jugé. Altéré, il reste punissable, et la juridiction en tient compte dans la peine.
L’ancien chef du PNAT, Jean-François Ricard, l’a rappelé lundi matin sur RTL : l’observation actuelle ne préjuge pas de cette expertise future. Elle porte sur la possibilité d’interroger l’homme maintenant, pas sur sa responsabilité au moment des tirs.
« Les familles des victimes ont le droit d’attendre que les responsables soient traités comme les auteurs de n’importe quelle autre attaque : ni plus durement, ni plus favorablement, mais exactement de la même manière. »
Cette phrase est de Me Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille de Pengo Bossio Wangi. Dimanche, dans un communiqué transmis à l’AFP, il a dit que la décision « ne peut que nous surprendre », en soulignant qu’en pratique, une garde à vue est « très rarement » levée pour ce motif. C’est son argument, pas une conclusion de l’enquête.
Que reste-t-il à établir ?
D’abord, ce que savaient les quatre proches toujours en garde à vue. Ensuite, l’état des blessés : samedi, trois d’entre eux restaient dans un état critique, selon TF1, Le Monde et l’AFP, dont la fillette de 12 ans touchée par huit balles à La Verrière.
Dimanche, à Aubervilliers, une marche silencieuse a rendu hommage à Pengo Bossio Wangi. Des centaines de personnes s’étaient déjà recueillies samedi à l’endroit où il a été tué.
Des bougies en hommage (photo d’illustration).
Le mobile exact, la préparation, les complicités éventuelles, et plus tard l’état mental du suspect au moment des faits : aucune de ces questions n’a reçu de réponse définitive dimanche. La prochaine étape est datée : la fin de l’observation, au plus tard 48 heures après son début samedi soir. D’ici là, le suspect n’est ni libre, ni jugé, ni innocenté. Il est observé, et l’enquête continue.
Sources : communiqués du PNAT relayés dimanche par l’AFP, France 24 et BFMTV ; Le Monde, TF1 et RTL.