Debout, dans un hémicycle silencieux, les députés ont rendu hommage ce mardi 27 octobre à Pengo Bossio Wangi, 26 ans, tué vendredi à Trappes. Dans le même temps, l’enquête a repris son cours : le suspect est de nouveau en garde à vue depuis lundi, et le ministre de l’Intérieur refuse que la question psychiatrique efface la qualification terroriste.

L’attentat de Trappes a franchi un nouveau cap ce mardi 27 octobre : une minute de silence à l’Assemblée nationale, en hommage aux victimes, et un suspect de nouveau entendu par les enquêteurs. Quatre jours après les tirs qui ont fait un mort et sept blessés dans les Yvelines, la journée a mêlé recueillement à Paris et avancées de l’enquête antiterroriste.

Debout face aux députés, la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a rappelé qui était la victime. Pengo Bossio Wangi avait 26 ans. Espoir des arts martiaux mixtes, il s’entraînait dans son club d’Aubervilliers pour concourir au plus haut niveau. Le maire de Trappes, Ali Rabeh, assistait à l’hommage dans l’hémicycle.

« Le racisme tue, la haine de l’autre tue. »

Une minute de silence à l’Assemblée nationale, un hommage mercredi au Sénat

La minute de silence s’est tenue à l’ouverture des questions au gouvernement, à 15 heures. Au Sénat, le président Gérard Larcher a décidé qu’un hommage solennel serait rendu mercredi, à la même heure.

Le Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale, à Paris Le Palais Bourbon, à Paris, où les députés ont observé une minute de silence ce mardi.

Une centaine de personnalités de la culture et du sport ont publié ce mardi une tribune dans Politis pour « refuser le silence et l’indifférence ». Parmi les signataires figurent Omar Sy, originaire de Trappes, Camille Cottin, Gilles Lellouche et Jul. Leur texte conclut : « Nous refusons d’être des cibles. »

Vendredi 23 octobre : huit scènes de crime en vingt minutes

Le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a détaillé lundi le déroulé des faits. Vendredi 23 octobre, vers 10 heures, Kévin T., 39 ans, a ouvert le feu en huit lieux différents, sur un parcours de 12 kilomètres entre Trappes et La Verrière. Au moins 128 munitions ont été tirées, selon le Parquet. Le suspect a été interpellé à 10 h 20 à Coignières, sans résistance.

Le bilan établi lundi fait état d’un mort et de sept blessés, dont quatre graves. Trois personnes restaient hospitalisées lundi soir, et le pronostic vital de l’une d’elles était toujours engagé. Une fillette grièvement blessée n’est plus en danger de mort depuis dimanche. Dans sa voiture, les enquêteurs ont retrouvé un pistolet mitrailleur et plusieurs chargeurs.

Garde à vue reprise lundi : ce que le suspect dit, ce que le procureur retient

La garde à vue du suspect avait été levée samedi soir pour des raisons médicales, après des propos incohérents et des actes auto-agressifs. Elle a repris lundi 26 octobre à 14 h 46, après un nouvel examen mené par un psychiatre de l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police. Conclusion de cet examen : pas de décompensation aiguë, pas d’activité hallucinatoire ou délirante. La mesure peut durer jusqu’à jeudi soir.

Sur le fond, le suspect ne conteste pas la matérialité des faits, a précisé Olivier Christen. Il conteste en revanche le caractère raciste de ses actes. Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante du mobile raciste. Les analyses toxicologiques ont révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang au moment de l’attaque.

L’hémicycle de l’Assemblée nationale, vu depuis la tribune L’hémicycle de l’Assemblée nationale, où l’hommage s’est tenu à l’ouverture des questions au gouvernement.

Nuñez : « un attentat terroriste raciste », la psychiatrie ne change rien

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a martelé le même message depuis lundi. Sur BFM-TV, il a qualifié les faits d’attentat terroriste raciste, décrivant un homme « mû par la haine, le racisme » qui « a tué pour ça ». Mardi matin, sur RTL, il a redit que l’attaque était, selon lui, clairement un attentat terroriste d’extrême droite et raciste. Pour lui, la question psychiatrique ne change rien à la gravité de l’acte ni à sa qualification. Lever une garde à vue pour des raisons psychiatriques « n’est pas rare », a-t-il ajouté, y compris dans des affaires de terrorisme.

Le ministre a aussi reconnu la difficulté de prévenir ce type de passage à l’acte : le suspect n’était pas connu des services de renseignement. L’avocat de la famille de la victime, Me Yassine Bouzrou, s’interroge de son côté sur le suivi d’un homme détenteur d’armes de guerre.

Ce qui va se passer maintenant

Trois rendez-vous sont déjà fixés. Mercredi, le Sénat rendra son hommage solennel aux victimes à 15 heures. La garde à vue du suspect peut se poursuivre jusqu’à jeudi soir, avant une éventuelle présentation à un juge et une mise en examen. Vendredi 30 octobre, à 18 heures, la mairie de Trappes organise un rassemblement contre le racisme et l’islamophobie, place des Merisiers.