Ce jeudi 29 octobre, le parquet national antiterroriste a requis la mise en examen et le placement en détention provisoire de Kévin T., 39 ans. Le procureur Olivier Christen l’a annoncé à la mi-journée, au tribunal judiciaire de Paris, après le transfert du suspect dans la nuit. Le suspect aurait dit aux enquêteurs n’avoir « aucun regret ».

L’attentat de Trappes mise en examen entre dans une nouvelle phase. Ce jeudi 29 octobre, le parquet national antiterroriste (PNAT) a requis la mise en examen de Kévin T., 39 ans, et son placement en détention provisoire. Le procureur de la République antiterroriste, Olivier Christen, l’a annoncé lors d’une conférence de presse au tribunal judiciaire de Paris, après le transfert du suspect dans la nuit de mercredi à jeudi.

Le suspect doit être présenté à un juge d’instruction antiterroriste, puis passer devant le juge des libertés et de la détention. C’est ce second magistrat qui tranchera la détention provisoire. Jusqu’à cette décision, la réquisition du parquet reste une demande, pas une mesure prononcée.

Ce que ça change pour vous : l’enquête passe aux juges

Combien ? Aucun montant n’est en jeu dans cette étape. La décision attendue porte sur la détention, pas sur une indemnisation, qui relèvera d’une phase ultérieure.

Quand ? La présentation au juge a lieu ce jeudi 29 octobre, dans la journée. L’instruction qui s’ouvre ensuite durera des mois. Aucune date de procès n’a été annoncée.

Qui est concerné ? D’abord les familles des victimes. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, a été tué le 23 octobre. Sept personnes ont été blessées, dont quatre grièvement et trois plus légèrement, selon le PNAT. Parmi elles, une fillette de 11 ans, dont le pronostic vital n’est plus engagé depuis dimanche. Aucune mesure de sécurité nouvelle n’a été annoncée ce jeudi pour Trappes et La Verrière.

Que faire ? Pour les victimes et leurs proches, l’étape qui s’ouvre est celle de l’instruction. C’est dans ce cadre, avec l’aide d’un avocat, qu’elles peuvent suivre le dossier et faire valoir leurs droits. Aucune démarche urgente n’a été signalée par le parquet ce jeudi.

Des CRS encadrent un cortège à Paris (photo d’illustration) Des CRS encadrent un cortège à Paris (photo d’illustration).

La chronologie : du 23 octobre à ce jeudi 29 octobre

Vendredi 23 octobre, peu après 10 heures, un homme ouvre le feu depuis sa voiture à Trappes, puis à La Verrière, dans les Yvelines. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, est tué. Sept autres personnes sont blessées. Le suspect est interpellé moins de dix minutes plus tard. Le PNAT se saisit le jour même.

Samedi 24 octobre, la garde à vue est d’abord suspendue pour un examen psychiatrique, puis reprise lundi 26 octobre après un nouvel examen. Lundi, le procureur indique que le suspect ne conteste pas la matérialité des faits, mais dément le caractère raciste de ses crimes. Mardi, une marche blanche rassemble plusieurs centaines de personnes à La Verrière.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, peu après minuit, la garde à vue prend fin et Kévin T. est transféré au tribunal judiciaire de Paris. Jeudi à 11 heures, Olivier Christen s’exprime devant la presse et annonce les réquisitions du parquet.

Attentat de Trappes : ce que le procureur a dit ce jeudi

Selon Olivier Christen, Kévin T. a reconnu être l’auteur des faits et leur préméditation. Il aurait admis avoir spécifiquement ciblé des personnes de type musulman, africain ou nord-africain. Il aurait justifié le choix de Trappes en déclarant que la ville est, selon ses mots, un repère d’islamistes. Et il aurait assuré n’avoir aucun regret après avoir tué une personne et en avoir blessé sept.

« Il a assuré n’avoir aucun regret », a rapporté Olivier Christen, procureur de la République antiterroriste, en rendant compte des auditions.

Le procureur a aussi parlé d’une très grande préparation de l’attaque. Lors de la perquisition au domicile du suspect, à Plaisir, les enquêteurs ont retrouvé des armes ou des éléments d’armes, comme des chargeurs, un Coran, une Bible et un exemplaire de Mein Kampf, ainsi que des autocollants, dont 30 portant la mention « Vive la France, RN, fier d’être Français ». Le suspect affirme les avoir dessinés lui-même et commandés en ligne.

Sur l’état de santé du suspect, Olivier Christen a pris ses distances avec le diagnostic de schizophrénie évoqué par une source proche de l’enquête. Pour le procureur, ce diagnostic est davantage une interprétation de l’intéressé.

L’enquête a pris une ampleur considérable en six jours. Les enquêteurs ont entendu 11 victimes ou témoins, constitué 370 scellés et saisi de nombreuses vidéos, a indiqué le procureur. Les investigations se poursuivront sous la direction de trois juges d’instruction antiterroristes du tribunal judiciaire de Paris.

Des avocats devant le tribunal judiciaire de Paris (photo d’illustration) Des avocats devant le tribunal judiciaire de Paris (photo d’illustration).

Kévin T. est-il déjà mis en examen ?

Non, pas au moment où le procureur s’est exprimé. Le parquet a requis la mise en examen, il ne l’a pas prononcée. Une mise en examen n’est pas une condamnation. Elle signifie que le juge dispose d’indices graves ou concordants rendant vraisemblable la participation d’une personne à des faits punis par la loi.

La détention provisoire suit la même logique. Le parquet la demande, le juge des libertés et de la détention la décide, ou non. Si elle est ordonnée, Kévin T. restera en prison pendant l’instruction. Si elle est refusée, il pourrait être placé sous contrôle judiciaire. La présomption d’innocence s’applique tant qu’aucun jugement n’est intervenu.

Pourquoi la qualification terroriste est-elle retenue ?

Le parquet demande la mise en examen notamment pour assassinat et tentatives d’assassinats, en relation avec une entreprise terroriste. La circonstance aggravante retenue est que les faits ont été commis en raison de l’appartenance, vraie ou supposée, des victimes à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée.

Le suspect conteste, lui, toute intention terroriste. C’est le point de désaccord central du dossier. Lundi, il niait le caractère raciste de ses crimes. Jeudi, le procureur rapporte un ciblage spécifique assumé en audition. Les juges d’instruction devront trancher entre ces deux versions, à partir des scellés, des vidéos et des expertises.

L’enquête ouverte dès le 23 octobre portait aussi sur l’acquisition et la détention d’armes et sur des tentatives de destruction par un moyen dangereux. Dans sa voiture, les enquêteurs avaient découvert un pistolet-mitrailleur, des chargeurs, un couteau et un pointeur laser, selon Le Monde. Son appartement de Plaisir avait été piégé avec des bouteilles de gaz et des minuteurs, un dispositif fonctionnel selon le parquet, neutralisé grâce à l’intervention du Raid.

Et maintenant ?

Trois juges d’instruction antiterroristes reprennent le dossier. Ils ordonneront les expertises et les auditions complémentaires. Le sort immédiat de Kévin T., détention provisoire ou contrôle judiciaire, dépend du juge des libertés et de la détention, saisi ce jeudi.

Une semaine après les tirs de Trappes, le dossier quitte donc le temps de la garde à vue pour entrer dans celui, plus long, de l’instruction. Les faits sont désormais entre les mains des juges.

Sources : Le Figaro, AFP via Boursorama, Temps Réel 78.