Vous êtes peut-être déjà filmé sans le savoir. Une étude inédite de Coyote, dévoilée ce jeudi 8 octobre, recense 530 zones de vidéo-verbalisation réparties dans 519 villes françaises. Feu rouge grillé, téléphone tenu en main, ceinture oubliée : les caméras guettent une trentaine d’infractions, et un simple réflexe au volant peut coûter 135 euros.
Regardez le carrefour au bout de votre rue. Il y a de fortes chances qu’une caméra l’observe en ce moment, capable de vous envoyer un procès-verbal sans qu’aucun policier ne vous ait arrêté. La vidéoverbalisation n’est plus réservée aux grandes métropoles : une étude inédite de Coyote, dévoilée ce jeudi 8 octobre, recense 530 zones de contrôle réparties dans 519 villes de tout le pays.
Une rue française : 519 villes du pays utilisent désormais leurs caméras pour verbaliser à distance.
Vidéoverbalisation : fini le temps où seules les grandes villes filmaient
Le chiffre mérite d’être relu : 519 villes pour 34 875 communes, cela semble peu, jusqu’à ce qu’on rapporte le total aux villes moyennes et grandes, celles où il y a vraiment des carrefours à surveiller. Il n’en reste même pas 500 dans tout le pays. Autrement dit, la vidéoverbalisation a colonisé la quasi-totalité des agglomérations.
Trois départements concentrent les dispositifs : la Seine-Saint-Denis avec 28 communes équipées, les Bouches-du-Rhône avec 27 et le Nord avec 25. L’Île-de-France regroupe près d’un tiers des villes concernées. Et les noms ne se limitent plus aux poids lourds comme Bordeaux, Marseille ou Lyon : Rouen, Villeneuve-d’Ascq, Sélestat ou Châteaudun ont franchi le pas.
« C’est une charge mentale. C’est difficile de faire un sans-faute. Il peut y avoir des erreurs d’inattention », commente Stéphane Curtelin, directeur marketing de Coyote, qui annonce d’ailleurs que ses boîtiers et son application signaleront désormais les zones de vidéoverbalisation, comme ils le font déjà pour les radars.
Comment l’amende arrive jusqu’à votre boîte aux lettres
La mécanique est simple. Les images captées par les caméras de vidéoprotection sont transmises à un centre de supervision urbain, où un agent assermenté les visionne et décide s’il y a infraction. Si oui, il établit un procès-verbal électronique, adressé au titulaire de la carte grise via le Trésor public. Aucune machine ne tranche seule : la loi l’interdit.
Deux précisions valent cher. Les zones filmées doivent en principe être signalées par des panneaux, comme le rappelle la Cnil, mais ces panneaux échappent souvent à votre attention. Et en cas de doute, c’est le propriétaire du véhicule qui est présumé redevable de l’amende, sauf s’il prouve que quelqu’un d’autre conduisait. Vous prêtez votre voiture à votre enfant ou à un ami ? C’est vous qui recevez le courrier.
Le contrôle automatisé, au sens large, ne faiblit pas. Toujours selon Coyote, le nombre de PV électroniques a progressé de 2,3 % entre 2024 et 2025 pour atteindre 12,9 millions.
Les infractions que les caméras guettent vraiment
Près d’une trentaine d’infractions sont verbalisables par caméra. Celles qui reviennent le plus : ceinture oubliée, téléphone tenu en main, voie de bus empruntée, sens interdit, dépassement illicite, stationnement gênant, feu rouge grillé et stop « glissé ».
Un feu rouge franchi sous l’œil d’une caméra : 135 euros d’amende et 4 points en moins sur le permis.
Deux sanctions méritent d’être connues par cœur. Griller un feu rouge, c’est une contravention de 4e classe : 135 euros et 4 points retirés du permis. Tenir son téléphone en main, même à l’arrêt à un feu rouge, même pour jeter un œil à un message : 135 euros et 3 points en moins, le véhicule étant considéré comme en circulation dès lors que le moteur tourne.
Ce que ça coûte : 90, 135 ou 375 euros
Le barème est le même pour toutes les contraventions de 4e classe. Payée dans les 15 jours, l’amende de 135 euros tombe à 90 euros. Au-delà de 45 jours sans paiement ni contestation, elle grimpe à 375 euros. Et si le dossier finit devant un tribunal, le montant peut atteindre 750 euros.
Si l’avis vous semble injustifié, vous disposez de 45 jours pour le contester. Quelques étapes :
- vérifiez les faits sur l’avis : lieu, date, heure et immatriculation ;
- rassemblez vos preuves : feu défectueux, témoignage d’un passager, véhicule prêté ou volé ;
- adressez une requête en exonération à l’officier du ministère public, via le site de l’ANTAI ou en recommandé avec accusé de réception ;
- si la requête est rejetée, saisissez la juridiction de proximité dans un délai de 30 jours.
Comment conduire dans une ville qui filme
Aucune caméra ne disparaîtra demain, et la vidéoverbalisation va plutôt s’étendre. Quelques réflexes suffisent : le téléphone posé sur un support avant de démarrer, la ceinture bouclée avant même de mettre le contact, l’arrêt marqué au stop. Ce sont presque toujours les gestes automatiques, pas les imprudences volontaires, qui coûtent le plus cher.
La prochaine fois que vous passez devant une caméra en haut d’un mât, souvenez-vous que quelqu’un, quelque part, peut être en train de regarder. Vous êtes prévenu. Et dans une ville qui filme, c’est déjà la moitié du permis sauvé.
