« Ça va me coûter au minimum 774 euros. » Le calcul est de Marine, 35 ans, soignée depuis quatre ans pour un cancer du sein. Le 15 décembre 2026, son traitement, le Zoladex, ne sera plus remboursé. Et contrairement à l’habitude, ce n’est pas l’État qui a tranché : c’est le laboratoire lui-même qui l’a demandé.
Marine l’a appris sur Instagram, sur le compte de l’association RoseUp, en plein Octobre rose. Diagnostiquée à 35 ans d’un cancer du sein hormonodépendant, elle est soignée depuis quatre ans au Zoladex. Le 15 décembre 2026, ce médicament ne sera plus remboursé : un déremboursement demandé, fait rarissime, par le laboratoire lui-même, AstraZeneca. Sa pharmacienne, consultée dans la foulée, n’était même pas au courant. Son oncologue lui a aussitôt rédigé une ordonnance pour un autre médicament. Elle l’a déchirée : elle avait déjà testé un premier traitement, aux effets secondaires « atroces ».
Ce que ça change pour vous
Combien ça va coûter. Le prix fabricant restera celui d’aujourd’hui : 86,03 euros pour la présentation à 3,6 mg, 256,66 euros pour celle à 10,8 mg. Mais ces prix sont hors marges : une fois le médicament radié de la liste des remboursables, grossistes et pharmacies pourront ajouter les leurs. Le prix au comptoir variera donc d’une officine à l’autre, TVA en plus. Marine a fait ses comptes : neuf mois de traitement restant après le 15 décembre, à 86 euros la dose, cela fait 774 euros au bas mot. Les associations évoquent 5 000 à 10 000 euros pour certaines patientes aux protocoles plus lourds.
Quand. Le basculement a lieu le 15 décembre 2026. Jusqu’au 14 décembre inclus, rien ne change : le médicament reste remboursé à 100 %, et c’est la date de délivrance au comptoir qui fait foi. Une boîte retirée en pharmacie le 13 décembre reste prise en charge.
Qui est concerné. Environ 8 000 patientes et patients en France. Le Zoladex, dont le principe actif est la goséréline, est une hormonothérapie prescrite contre certains cancers du sein hormonodépendants et contre le cancer de la prostate. Elle met les ovaires au repos, ou fait chuter la testostérone, pour priver la tumeur de l’hormone qui la nourrit.
Que faire. Deux options, et une seule bonne manière de les trancher : avec votre médecin. Soit vous poursuivez le Zoladex en l’assumant financièrement, soit vous basculez vers une alternative remboursée. Dans les deux cas, n’interrompez ni ne modifiez jamais votre traitement seul.
Après le 15 décembre, le prix payé en pharmacie dépendra aussi des marges ajoutées par chaque officine.
Pourquoi un laboratoire demande à ne plus être remboursé
Être remboursé par l’Assurance maladie est normalement un avantage commercial considérable pour un laboratoire : l’accès au médicament s’en trouve facilité. C’est ce qui a surpris Thomas Rapp, professeur d’économie de la santé à l’université Paris Cité : un industriel qui réclame lui-même la sortie du remboursement, cela ne se voit quasiment jamais.
La mécanique, pourtant, est limpide. Chaque année, l’État fixe un objectif d’économies sur les médicaments, et le Comité économique des produits de santé (CEPS) le répartit en baisses de prix imposées aux laboratoires, y compris sur les médicaments anciens. Année après année, le prix du Zoladex n’a fait que baisser, jusqu’à devenir insoutenable pour son fabricant, selon la présidente d’AstraZeneca France, Auriane Cano-Chancel. Le groupe assure avoir prévenu tôt : l’information a été envoyée publiquement en juillet, avec plus de 25 000 courriels aux prescripteurs, pharmaciens et associations.
Aucune donnée clinique nouvelle ne justifie la sortie : la radiation est une décision purement économique, et le médicament reste efficace. Il restera d’ailleurs en vente en pharmacie, simplement hors remboursement.
« La majorité des femmes auront des difficultés si on les laisse seules assumer cette charge supplémentaire. »
Les alternatives remboursées existent, mais changer n’est pas anodin
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, s’est voulue rassurante le 1er octobre sur X : la Haute Autorité de santé, après analyse des données de l’Agence du médicament, a confirmé l’existence d’alternatives thérapeutiques remboursées aussi efficaces. Ces solutions de substitution s’appellent notamment Décapeptyl et Enantone.
Sur le papier, personne ne restera sans traitement. Dans la réalité des corps, c’est plus compliqué. Une hormonothérapie ne se remplace pas comme un générique de paracétamol : tolérance, effets secondaires, rythme d’injection diffèrent d’un produit à l’autre. Et une oncologue de l’hôpital américain de Paris alerte sur un risque concret : des ruptures de stock fréquentes sur ces alternatives. Changer de traitement après des années de stabilité, pour des patientes déjà éprouvées, est une épreuve de plus.
La bascule vers une alternative remboursée se prépare avec l’oncologue, avant le 15 décembre.
Même en affection de longue durée (ALD), où les soins liés au cancer sont pris en charge à 100 %, la radiation change tout. Une spécialité radiée sort du dispositif : l’ALD ne maintient pas le remboursement d’un médicament retiré de la liste.
Au Sénat, la question a été posée frontalement le 14 octobre : comment une telle décision a-t-elle pu arriver aux oreilles des patientes par Instagram, en pleine campagne d’Octobre rose ? Le ministère promet des garanties sur la continuité des soins. Pour les 8 000 patients concernés, l’urgence est plus prosaïque : prendre rendez-vous avec leur oncologue et décider avant le 15 décembre. Le laboratoire met aussi à disposition un numéro vert d’information médicale, le 0800 08 92 44.
Un médicament efficace, retiré du remboursement parce qu’il est devenu trop bon marché pour son fabricant. Voilà le paradoxe que des milliers de patientes vont devoir payer, au sens propre, dans moins de deux mois.
